• François NICOLAIE

Traiter un problème de frottement.

Les problèmes de tribologie et de frottement en général sont presque toujours les plus complexes à traiter. Ceci provient du fait que le comportement au frottement d'un ou plusieurs corps dépend d'un nombre très important de paramètres mécaniques et physiques se produisant à divers échelles, macroscopique, mésoscopique, microscopique et à l'echelle des atomes. A cela, il faut également ajouter l'effet de l'environnement (température, corrosion, oxydation, contamination…). Le traitement de ces problème requiert de très solides connaissances dans le domaine de la métallurgie, de la chimie, de la mécanique et, lorsque l'obtention d'une solution rapide et efficace est exigée, d'une expérience assez longue de résolution de cas concrets et une connaissance étendue des traitements applicables pour traiter ces anomalies. L'analyse efficace et exhaustive de ces problème nécessite souvent l'utilisation de moyens d'investigation complexes ou d'accès relativement compliqué. Ce qui rend encore plus ardue la résolution du problème.


Lorsque l'on est confronté à un problème de frottement, il convient donc de prendre certaines précautions. on peut définir une sorte de dodécalogue des actions importantes à respecter lorsque l'on va commencer l'analyse:


  1. Avant toute chose, ne jamais isoler les composants endommagés du reste sans avoir pris des photographies de l'assemblage. Recueillir les opinions ou les observations de ceux qui ont observé en premier l'anomalie, soit en cours de manifestation soit au moment du dysfonctionnement. Vérifier également s'il s'agit d'un cas isolé, connu mais rare ou chronique.

  2. Récupérer les plans, les données de fonctionnement, tous les documents permettant de comprendre en détail les conditions de fonctionnement du système ou du composant.

  3. Ne pas nettoyer ou dégraisser les composants avant d'avoir examiné l'environnement de l'endommagement.

  4. Localiser et répertorier les zones de contact (celles correspondantes au dysfonctionnement et les autres).

  5. Considérer qu'un problème d'usure, de grippage, peut être la conséquence d'un autre défaut de fonctionnement. Donc ne jamais se contenter d'inspecter seulement les composants affectés par l'usure. Photographier tous les composants, les débris, les produits d'usure...

  6. Ne pas remettre les pièces en contact. cela empêche de réaliser correctement les analyses. Notamment les examens en microscopie électronique.

  7. Répertorier et isoler dans des sacs ou des boites tous les composants. Penser à les protéger de la corrosion.

  8. Prélever les résidus d'huile, de graisses, de vernis ou de produits de dégradation des lubrifiants. L'analyse de ces produits est une partie intégrante de l'examen.

  9. Définir un plan d'examen. Qu'est ce qu'on regarde, comment et avec quoi on analyse? Le plan d'examen doit comporter une suite logique de type examens non destructifs d'abord, destructifs en dernier recours.

  10. observer a diverses échelles les composants endommagés ou les zones d'usure et de frottement. Toujours commencer par utiliser ses propres sens avant de recourir aux examens localisés. Donc observation visuelle, à la binoculaire, au microscope,.... Lorsque l'on observe à fort grossissement, on regarde finement de toutes petites surfaces. Il est alors facile de passer à côté du détail important.

  11. préserver le plus possible les composants intègres. Cela permet de revenir sur une analyse en cas de doute.

  12. Ne jamais procéder avec des certitudes. établir un faisceau d'hypothèse et les confirmer ou infirmer progressivement.


En respectant cette procédure, on peut assez rapidement converger vers la ou les root-cause du phénomène, ce qui permettra ensuite de préconiser des actions correctives ou des évolutions. L'autre avantage que procure cette méthode est que l'ensemble de ces informations est disponible par tous les intervenants qui vont traiter le problème, ce qui est particulièrement important lorsque les examens sont sous-traités à un laboratoire.